jeudi 27 février 2014

Bienvenidos a la casa de Kim


Le 19 février, nous arrivons à 22h30 à Punta Arenas par le ferry de Porvenir. Il fait nuit mais heureusement, une nouvelle couchsurfeuse nous attend et nous permet de nous garer devant sa maison. 
Kim est une adorable jeune femme de 25 ans que nous avons trouvée sur le site de couchsurfing juste deux jours avant notre arrivée de nuit. Nous avons beaucoup de chance car elle et sa famille (sa maman Maria, son père Jorge et sa soeur Francisca) sont extrêmement généreux et attentionnés!


Cela tombe bien car nous avons envie de nous poser et notre camping-car a besoin de quelques soins : vidanger, remplacer la roue de secours, acheter de nouveaux pneus et faire un peu d'entretien (changer les filtres et les courroies).
Jorge connait justement un mécanicien qui accepte de s'occuper du Grand Condor au pied levé et nous fait bénéficier du très bon rapport qualité prix de la Zona franca (hors taxes) pour les pneus.


Nous profitons du confort de leur maison pour travailler le CNED et publier l'article sur la Terre de Feu, il était temps!

Nous restons donc quelques jours en compagnie de Kim et de sa famille et profitons ainsi de Punta Arenas ! 


C'est un port important et une grande ville, la plus australe coté chilien. 

L'hiver, on peut skier sur ses montagnes tout en voyant la mer ! Nous avons trouvé la ville très authentique alors qu'elle est assez décriée sur les sites des voyageurs.


Un soir, Kim nous amène à un concert de Jazz gratuit au théâtre municipal. 

C'est le festival international de jazz à Punta Arenas, les groupes qui se produisent sur scène sont de grande qualité.
Tout comme la salle de spectacle qui est absolument magnifique et nous prend par surprise car nous nous attendons pas à une soirée si culturelle dans ces contrées !

William, tu aurais adoré !


Nous partageons la vie de cette famille et leurs repas avec beaucoup de bonheur et d'émotion. 
Nous leur cuisinons un plat français qui est fort apprécié et jouons quelques notes de guitare.

" Passamos 4 dias con Kim y su familia.
Fue una experiencia única y increíble de encontrarla con su padre Jorge, su madre Maria y su hermana Francisca.
Son una familia muy linda, compartimos muchos momentos raros y calorosos.
Gracias por su humanidad y generosidad ! "




Curieusement nous trouvons un mur tagué juste à coté de chez Kim qui résume assez bien nos conversations et notre état d'esprit du moment.

"Cuidado con los miedos, les encantan robar suenos"

"Attention aux peurs, elles adorent voler les rêves"

vendredi 21 février 2014

Tierra del fuego




Le 9 février nous franchissons la frontière chilienne à Monte Aymond, la Ruta 3 devient la 255 au Chili. Le détroit de Magellan est là devant nous, il nous faut attendre pour le ferry de Bahia Azul à la première angostura du détroit. Il fait gris, mais pas trop de vent, la traversée à bord du ferry PATAGONIA est très calme par rapport à l'idée que nous nous en faisions. 

Nous voici en Terre de feu !

Nous sommes tellement séduits que nous y restons du 9 au 19 février. 

La partie chilienne est abandonnée aux pétroliers qui exploitent les gisements. Plus d'asphalte, que des collines d'herbe ballayées par le vent constant. 
Nous souffrons tellement sur la très mauvaise piste 257 à 30 km/heure que nous bivouaquons au milieu du trajet au Cabo Espiritu Santo, dans un endroit heureusement superbe. Les prairies à moutons s'étendent à perte de vue et au milieu coule une rivière...  

Nous suivons la petite piste jusqu'au phare rouge et blanc qui marque la frontière avec l'Argentine. Les rafales de vent sont si violentes que nous arrivons à peine à tenir debout! Comme la Patagonie, la Terre de feu est le pays du vent.


Delphée nous déniche un superbe bivouac à l'abri des intempéries. Le Phare éclaire par intermittence l'entrée du détroit et nous nous endormons sous la lune et les étoiles. 

Le 10 février, nous faisons route vers le sud et retrouvons l'Argentine à San Sebastian et l'asphalte de la Ruta 3, quel soulagement !
Nous devons nous arrêter dans la périphérie de Rio Grande et improviser un bivouac à l'estancia José Menendes qui nous autorise à dormir dans leur cour avec beaucoup de gentillesse malgré l'heure tardive.


Le 11 février, le paysage change enfin car nous approchons de l'extrémité de la cordillère andine. Ce ne sont que de petits sommets de 500 mètres d'altitude mais recouverts de forêts. 
Ah, les arbres, qu'est ce qu'ils nous manquaient ! 
Ce sont des hêtres qui ne vont pas tarder à roussir avec l'automne. Ce qui inspire a Séverine cette phrase shakespearienne "hêtre ou ne pas hêtre, telle est la question ".
Dans le lointain toujours plus au sud, nous apercevons des sommets plus hauts recouverts de neige et de glaciers. L'excitation est à son comble dans le camping car !


Nous faisons une longue halte dans la petite ville de Tolhuin le long du magnifique Lago Fagnano.
La région est réputée pour la pêche aux truites et Réno qui se découvre une  passion pour la pêche à la ligne aimerait bien nous ramener quelques poissons !
Nous dénichons un bivouac de rêve au bord du lac, à la Laguna del Indio.


Réno fait la connaissance providentielle du jeune gardien  Maximiliano qui nous prête sa canne à pêche.  Le lendemain le 12 février, nous allons tous marcher sur la longue langue de sable gris armés de notre canne mais rentrerons bredouilles (je ne comprends pas pourquoi !). 


Mais les conversations et le maté partagé avec Maximiliano valent toutes les truites du monde.
Il nous fait goûter des baies de Calafate : la légende dit que tous ceux qui en mangent une fois, reviennent forcément en Terre de feu et en Patagonie. 

L'idée nous plaît, nous gobons les baies acidulées avec enthousiasme.
Nous quittons le lago Fagnano à regret et reprenons la route, à travers le relief montagneux. Le grand Condor traverse sans peine le col Garibaldi et les anciennes vallées glaciaires, les vues sont spectaculaires et souvent vertigineuses !



Nous arrivons enfin dans la baie de Ushuaia, 55 degrés de latitude Sud, en fin d'après midi.


Ushuaia est une ville cosmopolite entourée de montagnes aux sommets enneigés, les petites maisons bigarrées s'étendent jusqu'au port qui abrite aussi bien des bateaux de pêche, des paquebots de  croisière que des voiliers. Il s'en dégage une force incroyable, cette ville a décidément de l'allure! 


Beaucoup de frissons d'être enfin là après 2 mois de voyage. 

Nous fêtons nos premiers 10.000 km à bord du Grand Condor.  

Nous sommes fiers d'avoir atteint cette ville mythique, d'être arrivés au bout de notre première grande traversée.


Le bout du continent, le bout du monde !



Le 13 février, nous  profitons d'une éclaircie pour monter au Glacier Martial qui est accessible par un petit téléphérique. 
Le temps se fait plus clément à mesure que nous progressons vers le sommet. 

Les enfants sont hystériques et se ruent sur les premières neiges pour un bonhomme, une première bataille de boules et quelques glissades. 

Nous arrivons bientôt au glacier, la vue sur la ville de Ushuaia et le canal Beagle est époustouflante ! 

Les enfants et Reno s'en donnent à cœur joie sur les pentes enneigées. Nous gardons un excellent souvenir de cette petite escapade et avons soif de nature.


Après deux nuits dans la maison douillette de notre troisième famille de couchsurfers Nancy et Fernando, nous décidons de nous retrouver en pleine nature dans le Parc national de Tierra de Fuego. Nous sommes le 14 février, jour des amoureux !


La randonnée le long du canal Beagle avec la cordilère  Darwin en fond est un enchantement. 


En fin d'après midi, nous retrouvons au bivouac la famille francaise que nous avions rencontrée par hasard sur Ushuaia. 

Cyril, Estelle et leurs deux petites filles sont au tout début de leur tour du monde en camping car www.majulialie.com
Nous sympathisons immédiatement, partageons nos histoires respectives et restons quelques jours en leur compagnie à profiter du parc national, notamment d'un footing matinal de 8 km pour les papas !



Le 17 février, nous quittons Ushuaia et nous dirigeons vers le Cabo San Pablo par la Ruta A, entre Rio Grande et Tolhuin. Sur la plage se trouve l'épave d'un bateau échoué en 1985 qu'il est possible de visiter à marée basse. 


Nous bivouaquons au bord d'une rivière avec Cyril et Estelle qui nous ont rejoints et vidons nos frigos avant la frontière Chilienne du lendemain. Nous allons encore plus loin que le règlement sanitaire puisque nous vidons également au lever de lune toutes nos chips, bières et bouteilles de vin...


Plus tard Reno nous entraîne dans l'ascension du Cap San Pablo qui surplombe la plage. Nous progressons dans le sous bois en silence à la recherche d'un guanaco velu et géant que nous avons aperçu. 


Nous découvrons enfin son cri, à mi chemin entre le gloussement du chameau et le rire du zèbre : voir et écouter la vidéo !!!


video

Nous le suivons jusqu'au sommet de la falaise où se trouve un vieux phare abîmé par les tempêtes fuégiennes. 


Ce n'est pas le phare de Jules Verne mais ce sera notre phare du bout du monde à nous : le temps clair nous permet de voir les sommets de la baie de Thétis où s'achèvent les Andes et le Continent. 
Juste derrière, mais nous ne pouvons les voir, l'île des États, le détroit Lemaire et le Cap Horn.


Plus que 7 petits degrés et c'est le cercle polaire.
Mais notre Grand condor ne navigue pas encore et ici c'est la fin de l'été alors il faut faire demi tour un peu à contre cœur. Nous avions pris goût à cette descente dans les latitudes un peu comme une apnée profonde.

Le 18 février, nous repassons la frontière Chilienne et faisons route vers Bahia Inutíl où niche une colonie de manchots rois. 
La piste chilienne est décidément très mauvaise et nous crevons le pneu arrière gauche. Pire, il est littéralement déchiqueté ! 

Nous arrivons épuisés sur la plage au coucher de soleil. Le vent est glacial mais les manchots sont bien là, c'est magnifique !


Le 19 février, nous rejoignons Porvenir par la Ruta 71 qui se révèle être de bien meilleure qualité et surtout avec un paysage côtier beaucoup plus joli. À conseiller aux voyageurs, évitez le ferry Bahia Azul !


Nous croisons beaucoup de cyclistes qui voyagent seuls, le vélo chargé de sacs. Ils ont tous le sourire et la barbe hirsute. Quel courage de parcourir ainsi l'Amérique latine !
Sur les 120 km de piste, nous ne crevons plus, fort heureusement, car nous n'avons plus de roue de secours !
Nous prenons le ferry au crépuscule pour quitter la Terre de Feu et refranchir le détroit de Magellan. 


Devant nous les lumières de Punta Arenas et 6 000 km de montagnes qui nous attendent !
À l'aller ce fut l'océan, au retour ce sera la cordillère des Andes !